Mardi 11 mars 2008
Aujourd'hui, j'ai beaucoup pensé à mon papa...  cela fera 18 mois qu'il est mort... Aloïce aura bientôt 18 mois...

Pour ses un an, j'avais écrit ce texte... que je souhaite mettre sur ce blog...


Copie-de-f-vrier-20008-015.jpg"La mort d’un amour donne la vie à un autre…

Je ne savais pas que vendredi, c’était la dernière fois que je lui parlais… On plaisantait… « tu aimerais sortir de l’hôpital et ils veulent te garder, moi, j’aimerai qu’elle sorte mais elle veut rester avec moi ». Pourtant, depuis la veille, j’avais un pressentiment, je l’ai même dit à mon mari et à ma mère… Le samedi, j’ai eu un malaise, direction la maternité, ma tension faisait le yoyo, ils m’on gardé toute l’après-midi et m’ont laissé partir à la condition que je revienne le lendemain, pour un contrôle. Une fois rentrée à la maison, j’ai voulu téléphoner à mon petit papa, ma mère m’a dit, il est tard, il doit se reposer car il a dû avoir des visites aujourd’hui, en fait, il était dans un coma artificiel et ses heures lui étaient comptés. « Tu l’appellera demain », m’a-t-elle dit. Demain…Le jour de sa mort… Je me suis levée aussi difficilement que la veille. Le portable à ma mère a sonné et quelque chose me disait qu’il fallait que j’écoute la conversation…je l’ai fait et j’ai compris… Mon petit papa est mort, dimanche à 7h30 du matin, je n’ai pas pu le voir avant qu’il ne meurt, je n’ai pas pu lui montrer sa petite fille, je ne pourrai pas lui rendre hommage à ses obsèques…j’étais là, là à attendre,  attendre que mon bébé se décide à sortir. Je m’en voulais…c’était la petite fille qui pensait et pas la maman…

Maternité…toujours la même chose…même s’il y avait de la compassion dans leur yeux, ils ne pouvaient rien faire pour moi, le col était trop long, à peine ouvert et surtout le bébé était trop haut…Reposez-vous, revenez demain, le jour du terme. Le lendemain, identique avec ma douleur, une nuit sans sommeil à se souvenir de ma complicité de petite fille avec mon papa.

Retour à la clinique, toujours rien, ils essaient de me décoller les membranes…Rien.

Sur les conseils d’une amie, je vais voir un osthéopathe pour qu’il me détende et qu’il aide ma fille à trouver le chemin de la sortie !!! Je téléphone à mon homéopathe qui me donne le nom de granule pour déclencher le travail. J’en prends toute la journée.

Mercredi 20, je retourne à la maternité, séance monitoring et prise de tension, col toujours au même point. Et là une méga contraction… La sage femme vient me voir et me dit que non, elle n’était pas forte et me rajoute « c’est pas pour aujourd’hui ». Alors, je suis repartie à la maison.

Je récupère mes deux enfants qui étaient chez des voisins…j’ai toujours des contractions comme à la maternité mais ??? je continue de prendre mes granules, j’y crois très fort. Et puis, j’ai peur qu’il me déclenche. Car si rien le 25 septembre, on déclenche l’accouchement et ça risque d’être très long… Je suis mal. J’emmène à 17 heures mon fils au judo et je passe à la pharmacie. Et quand je rentre, mes contractions deviennent de plus en plus rapprochés et limite insupportables. Je dis à mon mari, je vais m’allonger, j’ai mal au ventre. Ma fille me dit tu vas accoucher. Je lui ai répondu, je ne sais pas. Elle calcule le temps entre les contractions, je ne lui dis pas que je souffre terriblement, je ne veux pas qu’elle s’affole. Mon mari part chercher Killiam. Anaëlle reste près de moi, elle assure ma grande… Mon mari prépare le repas, on mange tous ensemble et mes enfants partent chez nos voisins (merci à eux) et on part pour la maternité. Contractions toutes les 3 minutes, bouchons, vive le périphérique toulousain !!! J’ai mal et chaque secousses sont limites du supportable. Le vent souffle… On arrive à la maternité, et la sage femme prend mon dossier, m’ausculte et me dit vous êtes à peine à deux doigts. Elle me demande comment je me sens, elle sait que je viens de perdre mon papa (c’était noté sur le dossier) et elle est très gentille. Elle regarde mon mari et nous dit, je vous garde, vous êtes très tendue. Voulez-vous la péridurale ? Oh, oui que je la veux. Elle me pose aussitôt un « caté » et me prélève du sang. Elle me branche sous monitoring en attendant. Elle nous explique que mes contractions sont plus douloureuses car je suis très tendue et stressée. Elle demande à mon mari de m’aider à souffler et à me détendre. Le pauvre, il a été super. Quand il y avait une contraction, il soufflait avec moi, et me disait quand elle allait s’arrêter. Il essayait de plaisanter sur les gros mots que je prononçais. Par moment, mes larmes me montaient aux yeux mais c’était pas la douleur, je pensais à mon père qui n’était plus là. La sage femme revient et me dit qu’elle fait préparer une salle mais que si je voulais, je pouvais marcher. C’est ce qu’on a fait, je m’accrochais à n’importe quoi quand la contraction arrivait. J’essayais de penser à mon petit bout de vie qui allait enfin être dans mes bras. La sage femme vient me chercher, je suis à deux centimètres, je souffre. Elle appelle l’anesthésiste. Un homme désagréable qui me demande de me détendre sinon il ne pourrait pas faire la péri. Il m’eng… même, alors là, j’ explose. Monsieur, c’est mon troisième enfant…je fais mon maximum pour être détendue, j’ai perdu mon père et je n’ai surtout pas envie de rire alors je vous prie de faire votre travail et d’éviter de m’eng…

Péridurale posée, mon mari avec moi, il me regarde , je lis dans ses yeux la peine qu’il a pour moi, les larmes coulent toutes seules, je ne peux plus me contrôler… je pleure…alors, il me parle de nos enfants, il sait qu’en me parlant d’eux, je me calmerai. La sage femme arrive, il est presque 23 heures 15…toujours aussi gentille et attentionnée… ouverte à 5 cm… déjà !!!

Elle veut me rompre la poche des eaux et mais trop tard, elle s’est rompue toute seule !!!

Pendant la demi heure qui suit, je somnole, mon mari aussi… la nuit risque d’être longue, enfin c’est ce qu’on croyait. La sage femme revient, ça ne fait qu’une demi heure, et déjà je suis à 10 cm. Elle me sonde, elle me demande de pousser pour voir : Stop…je vais chercher le gynécologue. Il arrive, on commence à discuter, on parle de nos filles. La mienne veut faire son métier…la sienne veut faire véto…elles ont le même âge… Allez, maintenant, on va pousser m’a-t-il dit : je pousse…deuxième contraction, je pousse, stop…il tourne mon bébé…poussez…ça y est, elle est là sur moi, il est minuit et deux minutes, on est le 21 septembre et c’est la tempête dehors…Mon petit bout de vie…Papa…Je pleure d’émotion…mon mari m’embrasse…Papa, voici ta petite fille, elle est magnifique, j’espère que tu la vois de là où tu es…J’avais tant de chose à te dire mais la mort ne me l’a pas permis ; j’avais besoin de mettre des mots sur nos deux destins qui avaient été séparés par une bêtise que tu avais faite…Je n’ai jamais pu te dire ou te montrer combien je t’aimais mais je pense que tu le savais…La mort d’un amour donne la vie à un autre… Aloïce, mon petit bout de vie, je t’aime déjà si fort…

Un an déjà… un an que tu me combles de bonheur… un an que tu as atténué ma douleur…mon petit bout de vie, tu as bien grandi… tu es tellement charmante, tellement touchante quand tu penches ta petite tête sur le côté… tellement rigolote quand je te vois marcher…ce petit popotin qui se trémousse depuis le 30juillet, active est un mot faible quand je parle de ton énergie à croquer la vie… et ce grand sourire qui laisse apparaître tes six quenottes, tu es une petite séductrice… Aloïce ma malice… mon petit caprice…sous ces airs de fripouillette se cache un petit caractère… tu sais déjà ce que tu veux… ça promet me dit on… oui …ça promet… mais tu as déjà tout compris en te serrant contre moi… tu sais que maman sera là… toujours là pour toi, ton grand frère et ta grande sœur… maman vous aime, vous êtes mes amours…

Ce soir est un grand moment chargé en émotion… en toi, je vois tes papis… en toi, je nous vois ton papa et moi… en toi, je vois ton grand frère et ta grande sœur … toi qui devait combler un grand vide… qui a su me donner l’amour… tout cet amour qui déborde de ton petit cœur… oh mon bébé, ma belle coccinelle, ma belle libellule… tu es mon bout de vie, mon bonus sur la vie, mon rayon de soleil… par une belle nuit de tempête, tu as pointé le bout de ton petit bout de nez… et depuis… depuis tant de belles journées sont passées… ne grandit pas trop vite mon amour… pas trop vite…j’ai besoin de te garder encore près de moi.. un an déjà… un déjà, que tu me combles de bonheur…"
par anakilalo publié dans : famille communauté : L'écriture dans tous ses états
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